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Interview exclusive d’Edgar Morin pour le MBA spécialisé Digital Marketing & Business

 

Edgar Morin, au cœur de la tempête de l’épidémie, vous écriviez un article dans les cahiers du CNRS intitulé « Attends-toi à l’inattendu... » Qu’est-ce que cela veut dire pour la jeunesse d’aujourd’hui ?

EM : L'avenir est incertain. Je pense donc qu’il faut être vigilant ! Nous faisons face à des probabilités qui ne sont pas favorables en ce moment. Nous allons vers des catastrophes. Mais parfois, dans l'histoire, l'improbable arrive ! L'inattendu, ce seraient un ou des événements qui changeraient le très mauvais cours qu’a pris l'histoire actuelle. Donc « attends-toi à l'inattendu » est une formule qui donne malgré tout un peu d'espoir.

Edgar, face aux bouleversements technologiques vous évoquez souvent la nécessité de la « transformation de soi ». À nouveau, qu’est-ce que cela veut dire ?

EM : Vous savez, l'exemple le plus éclatant de transformation est celui de la chenille qui se métamorphose à l'intérieur de son cocon et le fait éclater pour devenir un papillon. Il est impossible de prévoir que le papillon ailé, léger, puisse sortir de cette chose rampante. Dans le monde humain, il existe aussi une possibilité de transformation. D'abord, il y a la transformation personnelle. Je pense que nous devons essayer d'être le plus lucide et le plus bienveillant possible à l'égard d'autrui. Il faut tenter de réfréner ses pulsions agressives et hostiles. Il s’agit de s’efforcer à comprendre l’autre plutôt que de rejeter sa parole. Ensuite, l'Histoire nous montre d’énormes transformations ! Comment l'Europe médiévale est-elle devenue l'Europe moderne ? Comment s'est développée une civilisation scientifique et technique qui a transformé les sociétés ? Donc je dirais que la transformation est une potentialité qui se trouve dans chaque personne et chaque société, mais qui nécessite pour se manifester de la lucidité et de la volonté.

La jeunesse vit de plein fouet la révolution de l’intelligence artificielle. L’éthique est-elle une réponse ?

EM : Mais vous savez, le premier problème est que la science s'est fondée sur l'idée d'une pure objectivité sans aucune considération éthique. Aujourd'hui, les sciences et techniques, non seulement continuent de ne pas avoir en elles-mêmes une potentialité éthique, mais contribuent aussi aux événements les plus néfastes. Par exemple, c’est l'organisation scientifique rationnelle qui a permis les camps d'extermination ; c'est l'organisation technique qui permet d'exploiter les travailleurs spécialisés sur machines. Sciences et techniques sont donc ambivalentes : elles peuvent servir au mieux ou au pire. L'intelligence artificielle est le dernier état du développement scientifiquo-technique. Ce sont des possibilités considérables à domestiquer pour réaliser nos fins éthiques, nos fins politiques, et qui peuvent peut-être aussi nous asservir. Le grand problème est donc la domestication de l'intelligence artificielle qui, elle, nécessite une intelligence encore plus complexe que la sienne pour la comprendre et la transformer.

Edgar, un philosophe bouddhiste (Daisaku Ikeda, décédé en novembre dernier à 98 ans) dont nous partageons les lectures, a écrit récemment : « l'espoir, ça se décide ». Quand on a 20 ans aujourd’hui, comment garder ou décider l'espoir ?

EM : Vous savez, je pense que l'espoir est une chose qui est chevillée à nos personnes. Bien entendu, dans la conjoncture actuelle et quand on est jeune, on peut être extrêmement inquiet. Moi, quand j’avais 20 ans, j'ai vécu une génération qui a connu l'occupation. Avec quelques autres jeunes comme moi (on avait 20-22 ans), nous nous sommes lancés dans l’aventure de la Résistance. Au début, nous avions une espérance mais aucune certitude de la libération. Mais l'espoir a grandi. Je pense qu’il n'est pas nécessaire d'être sûr de la réussite pour continuer à agir. Je courais des risques : arrestation, torture et mise à mort. Mais je me sentais bien dans ma peau. J'étais content ! Pourquoi ? Parce que je faisais ce qui me semblait bon, ce qui me semblait bien. Et moi, je dis aux jeunes aujourd’hui : « prenez parti pour les choses qui sont bonnes ».
Prenez parti pour la solidarité !
Prenez parti pour la fraternité !
Prenez parti contre tous ceux qui méprisent !
Prenez parti pour défendre les opprimés !

Prenez parti pour, ce que déjà certains d'entre vous font beaucoup, prenez parti pour la planète. Un certain nombre de jeunes est conscient que notre Terre est menacée dans sa vie et dans nos civilisations.

Aujourd'hui, il y a un problème global qui est le salut de l'humanité. Que va devenir l'humanité ? Pourra-t-on améliorer la planète ? Il s’agit là d’une cause formidable. Je pense que si l’on se donne à cette cause, on aura, même si on n’a pas un espoir fort, une conviction ! La conviction de faire du bien et nous nous sentirons, comme moi-même je me sentais pendant l’occupation, tonifié par ce que nous faisons. Dès que l’on fait quelque chose qui va dans un sens positif, on se sent bien dans sa peau. L’une des réponses est donc d'éviter la simple constatation de ce qui ne va pas, et de refuser évidemment de se laisser envahir par l'inquiétude voire le désespoir.

Dans votre dernière tribune au journal Le Monde le 22 janvier dernier, vous évoquez les « communautés résistantes », c'est à dire ? Qu'est-ce que cela signifie aujourd'hui ?

EM : Je pense que ce qui nous soutient dans la vie en tant qu'être humain, c’est que nous présentons deux caractères fondamentaux : l'un, c'est d'être égocentrique, c'est-à-dire de penser à son propre intérêt - et l'égocentrisme est vital parce qu’il nous pousse à nous nourrir, à nous défendre, à nous protéger, à nous développer. Mais notre autre caractère est l'aspect altruiste : c'est l'autre ; l'amitié, l'amour pour l'autre et la communauté. Cela, les enfants tout petits déjà, le sentent : ils sourient à autrui ; ils ont besoin du sourire de la mère ; ils ont besoin d'être câlinés. Même quand nous sommes adultes, nous avons besoin de fraternité et d'amitié. Je pense donc que, dans cette conjoncture actuelle, les communautés résistantes peuvent être diverses : la famille, un groupe d'amis,, une ferme écologique ou agro-écologique, un club sportif qui participe au destin d’une équipe… Mais disons que l'aspect communautaire et l'aspect individuel doivent être toujours liés. Sinon, soit on s’isole dans l’individualisme égoïste, soit on se noie dans la foule et la collectivité, on perd sa personnalité.
Donc je dis qu'aujourd'hui, alors qu’il y a un peu trop d'égocentrisme et d'égoïsme, la communauté est quelque chose de sain !


Edgar Morin est sociologue et philosophe. Son dernier ouvrage, « Encore un moment… », a été publié chez Denoël en 2023.

Crédits photos : Eric Fougere / Corbis Historical / Via Getty images

 

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