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” La rage de communiquer “, les mémoires de Denis Huisman

Denis Huisman, publie un livre retraçant ses mémoires intitulé « La rage de communiquer » chez Bourin Editeur. Préfacé par Erik Orsenna de l’Académie Française, qui compare le livre à « un roman d’aventures », cet ouvrage est le fruit des différents entretiens accordés par le fondateur des écoles du groupe EDH à Pierre Boncenne.

Denis Huisman, publie un livre retraçant ses mémoires intitulé « La rage de communiquer » chez Bourin Editeur. Préfacé par Erik Orsenna de l’Académie Française, qui compare le livre à « un roman d’aventures », cet ouvrage est le fruit des différents entretiens accordés par le fondateur des écoles du groupe EDH à Pierre Boncenne.


Denis Huisman qui nous a accordé un entretien, présentera son ouvrage au Salon du Livre, le mardi 21 mars entre 15h et 16h au stand de Bourin Editeur k131.

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Entretien


Quelles sont les raisons qui vous ont décidé à livrer vos souvenirs au public ?

Denis Huisman : Il y a 30 ou 40 ans que je songe à écrire mes souvenirs, d’ailleurs j’avais déjà fait des essais innombrables, ce projet a finalement vu le jour cette année grâce à mon éditeur François Bourin. Je me suis décidé à le faire notamment pour expliquer les raisons qui m’ont conduit à créer l’EFAP et l’ICART. En France, tout ce qui est privé en matière d’enseignement est généralement mal vu. Je pense, comme on me l’a souvent répété, que j’aurais peut-être joui d’une reconnaissance plus importante aux Etats-Unis, parce que l’on y admire ceux qui créent quelque chose ex nihilo. De plus, de l’autre côté de l’Atlantique, toutes les plus grandes universités sont privées comme par exemple Harvard ou Colombia. Enfin, je voulais corriger certains préjugés à propos des écoles EDH et saluer la dizaine de milliers d’étudiants qui depuis plus de 40 ans ont conquis des postes intéressants, voire très intéressants. Je n’en cite qu’une seule car elle côtoie le sommet de l’Etat : Agathe Samson conseillère presse à l’Elysée.


Au moment de remuer tous ces souvenirs, aviez-vous éprouvé de la nostalgie ?

D H : Non, je ne crois pas. « La nostalgie n’est plus ce qu’elle était » disait Simone Signoret. Sauf pour les premières années de mon enfance, comme tout le monde mis à part « Poil de Carotte » qui disait : « Tout le monde n’a pas la chance d’être orphelin » !

Comment avez-vous découvert votre passion pour la philosophie, présente tout au long du livre ?

D H : C’est en classe de philosophie que j’ai découvert mes qualités, grâce notamment à mon professeur qui s’est aperçu de mes aptitudes en la matière. Mes dissertations étaient les meilleures de la classe. Je me suis persuadé que c’était ma voie. Et puis quand j’ai commencé la Philo au lycée c’était l’époque où ne parlait que de Sartre et de l’existentialisme. Il m’a passionné et beaucoup influencé, j’ai dévoré toutes ses œuvres littéraires. Je parle dans le premier chapitre de mon livre des différents professeurs qui m’ont marqué.


D’où tenez vous cette volonté de transmettre le savoir, que ce soit en matière de philosophie, d’histoire ou de communication ?

D H : Au départ je voulais devenir journaliste ; hélas, à l’époque ce milieu était très fermé. J’ai donc décidé de m’orienter vers l’enseignement. Je m’étais fixé pour but et pour idéal dans la vie de transmettre le savoir aux plus jeunes. Vous découvrirez dans mon livre quelques anecdotes piquantes au sujet de mes débuts, notamment sur une fameuse classe de troisième qui fut ma bête noire.


Le nouveau terme de « déclinologue » est en vogue. Pensez vous que la France soit vraiment en phase de déclin ?

D H : Je ne crois pas du tout que la France décline, mais il y a une certaine mentalité défaitiste. Le problème c’est que nos concitoyens manquent de patriotisme, et les plus jeunes n’ont plus confiance en l’avenir de leur pays, notez que les plus brillants d’entre eux partent à l’étranger pour étudier ou travailler. Il y a effectivement une crise, maist elle n’est pas aussi profonde que cela. Il faut plus de caractère et de volontarisme pour surmonter les difficultés. Je suis persuadé que la France n’est pas mourante, il faut cesser de décliner le déclin !

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Qu’est ce qui vous exaspère aujourd’hui dans notre société ?

D H : En ce moment c’est la montée de l’intolérance dans notre société qui est épouvantable ; notamment à travers le racisme anti-noir, antisémite, anti-beur. Dans ce domaine, je peux dire que je ne suis pas fier de mon pays ; les anglo-saxons ne sont pas tombés dans ces travers. Il semble qu’ils aient mieux géré les problèmes liés à l’immigration.


Et à l’inverse qu’est ce qui vous a impressionné ces derniers temps ?

D H : Je vous répondrais forcément sur un plan philosophique : je suis très frappé par le regain d’intérêt des jeunes pour la réflexion philosophique. Et ce phénomène fait éclore de nouveaux philosophes souvent de très grande qualité.


Sans transition, pour conclure notre entretien, pouvez-vous nous dire quelle est votre citation préférée ?

D H : Oui j’ai deux citations favorites ! La première est un mot de Montaigne que j’aime beaucoup : « Nul n’est excepté de dire des sottises : l’important c’est de ne pas les dire avec sérieux ». Et puis du fait de m’être dispersé et d’avoir fait beaucoup de choses, enseigner, créer des écoles, écrire des livres, des dictionnaires etc., je cite souvent une phrase de Rivarol qui m’amuse: « C’est un terrible avantage que de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser ».


Interview réalisée par Marc Daou