L'école des métiers de la communication - A reference in communication studies

Interview de Michel Drucker

Par Jean Mauduit

Q : Michel Drucker, avez-vous toujours autant le trac avant d’entrer sur un plateau de télé ? Je me souviens d’un dîner qui nous avait réunis chez Jean Diwo, à l’époque directeur de Télé 7 jours, il y a quelque 30 ans. Vous nous aviez avoué qu’il vous arrivait d’aller restituer dans les toilettes votre petit-déjeuner où votre déjeuner, tant la tension vous était insupportable. Avez-vous changé ?
R : Pas vraiment. Je suis né inquiet et ça ne s’est pas arrangé. Le trac est pour ainsi dire mon compagnon de route. Je ne compte plus le nombre de nuits blanches que j’ai passées, la veille d’une émission, l’estomac noué, le cœur battant.

Q : J’imagine que l’avènement de la mesure d’audience n’a rien arrangé ?
R : C’est-à-dire qu’elle a multiplié par deux les occasions d’avoir peur. Avant, parce que l’on craint de ne pas être à la hauteur. Après, parce qu’on redoute que les chiffres de Médiamétrie ne soient pas favorables.

Q : Et pourtant, vous continuez à faire ce métier, avec un succès qui ne se dément pas depuis plus de 40 ans. Peut-être les deux sont-ils liés. Peut-être est-ce parce que vous avez encore en vous ce tremblement que vous continuez à plaire au public ?
R : La télé, c’est comme l’amour. Quand il faut se forcer, le véritable désir s’efface pour devenir une habitude, un acte fastidieux. Je redoute cette situation. Quand je la ressens, je sais qu’il faut prendre une voie nouvelle.

Q : Et comment fait-on pour préserver l’état de grâce ?
R : D’abord on se maintient en forme et on surveille son physique. Comme on sait, je fais beaucoup de vélo. J’aime le vélo parce que c’est un sport de dépassement de soi.

Q : Et puis ?
R : Et puis ne pas se raconter d’histoires, ni sur ce qu’on fait, ni sur ce qu’on est. La grande productrice Michèle Arnaud, aux côtés de qui j’ai travaillé longtemps, m’a dit un jour après le succès de « Tilt » : « Dites-donc, Drucker, pas la peine de faire cette mine satisfaite. N’oubliez jamais qu’une émission n’est pas forcément bonne parce qu’elle a eu du succès ».

Q : C’est votre réponse à la dictature de l’audimat ?
R : C’est en tout cas une façon de relativiser. Le succès public est important mais il n’est pas le seul critère. Pierre Desgraupes, à l’époque directeur d’Antenne 2, m’a dit en 1982, un jour : « Drucker je compte sur vous. Je veux une émission populaire mais digne ». C’est avec cette feuille de route que nous avons fait « Champs Elysées ».

Q : Le public vous aime depuis 43 ans. Pour votre talent, sûrement. Pour votre gentillesse, aussi, votre humour. Mais la raison profonde ?
R : La raison profonde c’est que j’aime le public et qu’il le sent, et me le rend au centuple. La plupart des mes joies, de mes émotions, de mes réflexions m’ont été données par lui.

Q : Et si un jour vous devez quitter l’antenne ?
R : Quand Jacques Chirac m’a confié quelques mois avant de quitter l’Elysée qu’ « il y a une vie après la politique », je ne l’ai pas cru. Comment m’imaginer sans projets, sans objectifs, sans enjeux ? Pour moi, il n’y aura pas de vie après la télévision. Il n’y aura qu’une mort lente, à petit feu. Voilà pourquoi, si ma santé et le public me le permettent, j’espère être encore là pour longtemps.

Q : Vous avez accepté, cette année, d’être le parrain de la promotion sortante de l’EFAP. Pourquoi ?
R : J’ai toujours aimé cette Ecole pour son côté pragmatique, son culte de l’efficace. On y reçoit les leçons et les conseils de vrais professionnels de la communication. Et on y apprend l’entreprise en faisant des stages en entreprise. C’est la meilleure façon. J’en sais quelque chose, moi qui suis arrivé à la télévision…en faisant un stage dans les studios de la rue Cognacq-Jay ; et qui ai tout appris d’un grand professionnel nommé Léon Zitrone.

Q : … qui enseignait à l’EFAP ! Pour conclure, quel conseil auriez-vous envie de donner aux étudiants ?
R : Aimer les autres avant de s’aimer soi-même. Etre fidèle en amitié. Ne pas tricher. Veiller à toujours conserver intact son enthousiasme, même quand la vie vous a fait perdre un certain nombre d’illusions. Avoir toujours un projet devant soi.


Interview (imaginaire) réalisée à partir de son livre Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? publié en 2007, et lors de sa visite à la 47è cérémonie de remise des diplômes de l’ EFAP Paris, dont il était le parrain, en juin 2009.


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